L’employeur peut-il refuser un mi-temps thérapeutique ? Tout ce que vous devez savoir pour décider sans risque

En résumé

L’employeur peut-il refuser un mi-temps thérapeutique ? Oui, 3 motifs le permettent : désorganisation du service, absence de poste compatible avec l’état de santé, impossibilité d’aménagement.

Le refus doit être écrit, motivé et notifié au médecin du travail et au salarié, sous peine de dommages-intérêts devant le conseil de prud’hommes.

Un salarié revient d’arrêt maladie avec une prescription de temps partiel thérapeutique. Vous hésitez. Vous vous demandez : l’employeur peut-il refuser un mi-temps thérapeutique ?

Oui, mais uniquement pour un motif légitime, formalisé par écrit, lié notamment au fonctionnement de l’entreprise.

Un refus mal préparé expose à une saisine du conseil de prud’hommes et à un recours pour discrimination liée à l’état de santé.

Dans cet article, je vous explique ce que dit le droit du travail, quels motifs vous protègent, et comment sécuriser votre décision.

L’employeur peut-il légalement refuser un mi-temps thérapeutique ?

Oui, mais l’employeur doit respecter certaines conditions dont celle de justifier un motif légitime, objectif et démontrable. Sans ce motif, la décision devient contestable devant les prud’hommes.

Le mi-temps thérapeutique n’est pas un droit opposable

La mise en place du temps partiel thérapeutique (TPT) repose sur un certificat médical du médecin traitant et un accord du médecin-conseil de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM). Mais il nécessite aussi l’accord explicite de l’employeur, qui n’est jamais automatique.

Le salarié qui souhaite reprendre son activité à temps réduit doit faire une demande de temps partiel thérapeutique. Vous restez libre de refuser, sous réserve de le justifier.

Le saviez-vous ? Depuis le 1er janvier 2020, le salarié peut bénéficier de ce temps de travail aménagé pour raison de santé sans arrêt de travail préalable, y compris hors accident du travail ou maladie professionnelle. Cette règle s’applique également aux salariés en CDD.

Les motifs légitimes pour refuser un temps partiel thérapeutique

Le motif doit être objectif, réel et lié à l’organisation de l’entreprise, pas à la personne ou la santé du salarié.

La désorganisation du service ou de l’entreprise

C’est le motif le plus invoqué, et le plus scruté par les juges.

Une désorganisation avérée peut justifier le refus : service en tension, chaîne de production non fractionnable, effectifs insuffisants. Encore faut-il le prouver avec des éléments factuels précis.

Attention : un refus fondé sur une gêne organisationnelle non documentée vous expose à des dommages-intérêts.

L’absence de poste compatible avec l’état de santé

Lorsque le salarié ne peut plus occuper son poste de travail initial et qu’aucun autre emploi compatible avec son état n’existe dans la structure, le refus est recevable.

Ce motif implique une recherche sérieuse et tracée, vous devez démontrer que vous avez cherché, et que vous n’avez pas trouvé.

L’impossibilité d’aménager le poste initial

Certains postes ne permettent pas de travailler à temps partiel : fonction en astreinte permanente, ligne de production continue, mission à responsabilité non partageable.

Cette impossibilité doit être justifiée par écrit, avec des éléments concrets.

Bon à savoir : la reprise à temps partiel pour motif thérapeutique peut représenter entre 20 % et 90 % du temps complet, pas nécessairement 50 %. Le suivi des heures effectuées pendant cette période relève du contrôle du temps de travail.

Tableau : l’employeur peut-il refuser un mi-temps thérapeutique ? les motifs légitimes.

Motif légitime

Condition de validité

Désorganisation du service

Prouvée par des éléments factuels documentés

Absence de poste compatible

Recherche sérieuse et tracée obligatoire

Impossibilité d’aménager le poste

Justifiée par écrit avec éléments concrets

Comment refuser un temps partiel thérapeutique sans s’exposer à un contentieux ?

L’employeur peut refuser, mais un refus oral ou non motivé peut être retourné contre vous, même si le motif de fond était légitime.

Le refus doit toujours être écrit et motivé

C’est là que la plupart des employeurs commettent une erreur.

L’article L4624-6 du Code du travail impose de faire connaître par écrit les motifs du refus, après avis du médecin du travail.

Le courrier doit être précis, factuel et daté, motif retenu et éléments concrets à l’appui.

Attention : proposer des horaires incompatibles avec les préconisations de la médecine du travail équivaut à un refus masqué.

À qui adresser le courrier de refus ?

Le refus doit être notifié au salarié et au médecin du travail, ces 2 envois sont indissociables. Omettre l’un d’eux fragilise votre décision, même si le motif de fond est solide.

Privilégiez la lettre recommandée avec accusé de réception.

Bon à savoir : la Cour de cassation (Cass Soc. 12 juin 2024, n°23-13.975 et 5 mars 2025, n°23-20.172) impose de retenir le salaire antérieur au TPT comme base de calcul des indemnités de rupture, et non le salaire réduit perçu pendant la période de temps partiel. Anticipez ce point dès la rédaction du refus.

Les preuves à constituer avant de décider

Les juges vérifient que vous avez cherché des solutions avant de dire non. Je vous conseille de réunir ces éléments en amont :
  • Une note interne sur les contraintes organisationnelles.
  • Les échanges écrits avec le médecin du travail sur la compatibilité du poste.
  • La liste des postes examinés et les raisons de leur incompatibilité.
  • Tout document prouvant une recherche de solution alternative.

Le saviez-vous ? Certaines conventions collectives imposent des obligations supplémentaires : délais spécifiques, maintien partiel de salaire. Vérifiez la vôtre avant de décider.

Quels sont les risques pour l’employeur en cas de refus mal encadré ?

La condamnation aux prud’hommes et les dommages-intérêts

Si le salarié estime le refus injustifié, il peut le contester devant le conseil de prud’hommes. Le juge examine un seul point : le motif est-il réel, objectif et démontrable ?

En cas de refus abusif, l’employeur s’expose à des dommages-intérêts dont le montant dépend du préjudice subi (perte de revenus, prolongation de l’arrêt de travail, aggravation de l’état de santé).

Le risque de discrimination liée à l’état de santé

Si le refus porte sur l’état de santé plutôt que sur une contrainte organisationnelle, il peut être requalifié en discrimination, interdite par l’article L1132-1 du Code du travail.

La charge de la preuve pèse sur l’employeur. C’est à vous de démontrer que le motif de refus est légitime, réel et sans lien avec l’état médical. En l’absence de preuves solides, le doute profite au salarié.

Certains salariés bénéficient par ailleurs d’une protection renforcée contre le licenciement. C’est notamment le cas des femmes enceintes, pour lesquelles les règles sont encore plus strictes.

Quelles suites pour l’entreprise en cas de rejet du mi-temps thérapeutique ?

Le refus ne clôt pas le dossier, les droits du salarié restent entiers. Plusieurs scénarios peuvent se succéder rapidement selon l’évolution de la situation du salarié.

Quelles obligations de l’employeur si le salarié reste en arrêt ?

Si votre salarié prolonge son arrêt de travail, vous devez maintenir les indemnités complémentaires prévues par la convention collective, ainsi que la couverture santé et prévoyance.

Aucune sanction disciplinaire ne peut être prononcée en raison de l’arrêt prolongé. La protection du salarié malade s’applique pleinement, y compris si vous estimez la situation bloquée.

Le saviez-vous ? L’article R323-3 du Code de la sécurité sociale limite l’indemnisation du temps partiel pour raison thérapeutique à 1 an.

Qui tranche en cas d’inaptitude au travail ?

C’est le médecin du travail, et non l’employeur, qui prononce l’inaptitude après examen médical. Son avis peut intervenir plusieurs jours ou semaines après le refus de la reprise aménagée, si l’état de santé ne s’améliore pas.

Une fois déclarée, l’employeur entre dans une procédure encadrée : recherche de reclassement, consultation du CSE, respect de délais stricts.

Attention : une inaptitude prononcée dans la continuité d’un refus injustifié vous expose à une condamnation pour manquement à votre obligation de sécurité (article L4121-1 du Code du travail).

Un licenciement pour inaptitude est-il possible ?

Avant d’envisager un licenciement, vous devez rechercher si un poste compatible avec l’état médical de votre salarié existe. Si c’est le cas, proposez-le par écrit.

Sans reclassement possible ou si le salarié refuse les propositions, vous pouvez engager un licenciement pour inaptitude. Mais attention, le refus du mi-temps thérapeutique ne constitue jamais, en lui-même, un motif de licenciement.

Dans certains cas, une rupture amiable peut être envisagée, mais elle obéit elle aussi à des règles strictes, notamment pour les salariées enceintes.

Bon à savoir : en cas de rupture du contrat, anticipez la restitution du matériel professionnel (ordinateur, badge, véhicule de fonction). Une étape souvent négligée qui génère un contentieux supplémentaire.

FAQ

Est-ce qu’un mi-temps thérapeutique est considéré comme un arrêt maladie ?

Le salarié reprend une activité professionnelle à temps réduit, tout en bénéficiant d’une prise en charge par la CPAM sous forme d’indemnités journalières en complément de son salaire.

Quelle est la différence entre un mi-temps thérapeutique et un temps partiel thérapeutique ?

Aucune sur le fond. Le terme légal est temps partiel thérapeutique. La durée peut varier entre 20 % et 90 % du temps plein, pas nécessairement 50 %.

Quelle est la durée maximale d’un temps partiel thérapeutique ?

La durée du temps partiel est de 1 an (article R323-3 du Code de la sécurité sociale). Au-delà, les indemnités journalières prennent fin. Sans amélioration de l’état de santé, une prolongation reste possible en cas d’affection de longue durée (ALD), sous réserve de l’accord du médecin-conseil.

Est-il possible de licencier un salarié en mi-temps thérapeutique ?

Une rupture du contrat de travail du salarié pour inaptitude reste possible, à condition de suivre la procédure légale. Licencier en raison de l’état de santé ou de la reprise du travail à temps partiel constitue une discrimination. Pour un salarié en CDD, les règles diffèrent, consultez notre guide complet sur le CDD.

Comment l’employeur peut-il refuser un mi-temps thérapeutique ?

Si l’employeur refuse le mi-temps thérapeutique, il doit motiver sa décision et la notifier par écrit au salarié et à la médecine du travail, avec un motif légitime.

Rédigé par Clémence Richard - Avocat